Gaston Bachelard (1884-1962), figure exemplaire de l'école laïque - boursier d'origine modeste, il finira par occuper la chaire d'histoire et de philosophie des sciences de la Sorbonne - est un penseur non conventionnel : s'appuyant sur une physique, une chimie et des mathématiques en pleine révolution, mais aussi sur Freud et Jung (réinterprétés), il a construit une épistémologie d'un rationalisme subtil qui a largement fait école, comprenant le progrès de la science comme une suite de discontinuités ; métaphysicien, il s'est opposé à Bergson sur le problème du temps, défendant une philosophie de l'instant contre sa philosophie de la durée ; il a aussi renouvelé l'approche de la poésie, en donnant une importance inédite à l'Imaginaire.
On examine ici l'oeuvre foisonnante de Bachelard : son épistémologie, depuis l'Essai sur la connaissance approchée jusqu'au Matérialisme rationnel en passant par La Philosophie du non et Le nouvel esprit scientifique ; sa « métaphysique », ramassée dans L'Intuition de l'instant et La Dialectique de la durée ; sa poétique, depuis La Psychanalyse du feu jusqu'à La Poétique de la rêverie en passant par L'Eau et les rêves et La Poétique de l'espace.
On s'intéresse enfin à la nombreuse postérité de Bachelard.
Introduction : l'originalité d'une tradition de recherche : l'épistémologie historique. (5 pages) 1 La dynamique de l'esprit scientifique 1.1 La connaissance approchée et la rectification.
1.2 Les notions d'obstacle et de rupture épistémologiques.
1.3 La crise des objets induite par la « nouvelle physique » (relativité et microphysique).
1.4 La structure des révolutions théoriques : la récurrence conceptuelle.
2 Une philosophie contemporaine des sciences 2.1 Matérialisme rationnel et rationalisme appliqué.
2.2 Epistémologies régionales et transrationalisme.
2.3 La critique du substantialisme métaphysique.
2.4 Les progrès de la philosophie du non-.
3 L'alternance du jour et de la nuit (20 pages) 3.1 Elaboration d'une méta-poétique.
3.2 L'exploration imaginaire des quatre éléments.
3.3 La nature du temps (1) : contre Bergson.
3.4 La nature du temps (2) : méditation et rythmanalyse.
Le bachelardisme d'hier et d'aujourd'hui La première vague : Cavaillès, Lautman, Gonseth, Enriques, le Congrès Descartes de 1937.
L'institutionnalisation : Canguilhem et Simondon, Bourdieu, Foucault, Dagognet, Lecourt.
L'actualité de la pensée bachelardienne :
La perspective d'un nouveau dialogue transatlantique.
La complémentarité avec la sociologie des sciences.
Le prolongement des analyses phénoménotechniques.