Si la fascination de lOrigine et son fréquent corollaire, le goût des ruines, ressurgissent de siècle en siècle avec la régularité d'un « rêve familier », des pérégrinations romaines de Joachim du Bellay à Théophile Gautier, les vestiges imaginés par certains artistes des XXe et XXIe siècles, quils soient romanciers, musiciens ou plasticiens, semblent toutefois moins le symbole de civilisations disparues que le mirage de la mémoire collective face à un avenir incertain.
La voix dArkhè, comme celle des Sirènes, est mortifère. Pour lui prêter loreille, il convient de sattacher au mât du navire. Dès lors, il faut entendre dans les titres composant le présent ouvrage les principales étapes dune navigation nous conduisant de la croyance à la vision : bibliothèques et tours babéliennes, aberrations égyptiennes, mirages grecs, fragments romains, stèles d'anges... Si le passé est plus que jamais devenu ce patrimoine où puise tout artiste méditatif, autant dire allégoricien, les ½uvres quils produit aspirent au Musée comme à son tribunal. C'est une dialectique de la "lucidité" et de l'"espérance" qui anime, par conséquent, les cercles de ce voyage. Un voyage sans fin ?