La massification scolaire, la désindustrialisation, les transformations du paysage politique et culturel ont provoqué une crise de reproduction de longue durée des classes populaires, dont les « jeunes des cités » constituent le point focal. Sans les exclure ni se réduire à leur cas, les enquêtes rassemblées dans ce livre analysent les inadaptations et les tentatives dajustement, les engagements et les désengagements, les espoirs et les déboires, les quêtes de compensation et les conversions, mais aussi les formes de reproduction au sein des nouvelles générations de jeunes des classes populaires. La menace du chômage, la précarité et le chantage à la docilité quelle permet, lemprise des valeurs consuméristes, ont dautant plus détérioré leurs capacités de mobilisation que beaucoup se vivent comme « de passage ». Faut-il en conclure quà la culture de rébellion de la « génération ouvriérisée » des années 1970 sopposerait aujourdhui « lindividualisme négatif » dune « génération désouvriérisée » ?
La postface de Florence Weber revient sur le tabou du déclassement qui enferme depuis quinze ans les perdants de la mondialisation dans la colère, le retrait et la honte. La croissance des inégalités territoriales sest aggravée en France depuis la crise économique de 2008, tandis que la course au diplôme sans création demplois qualifiés, notamment dans le secteur de la culture, minait la confiance dans lécole, jusque chez les jeunes des classes moyennes sans patrimoine.