Les monarchies africaines sont-elles solubles dans la modernité républicaine de lÉtat-nation ? Depuis que des groupes de cavaliers ont fondé les premiers royaumes mossi vers la fin du XVe siècle, des souverains nont cessé de se succéder sur le trône. Cependant, leur histoire est loin davoir été immobile. Lensemble de leurs formations politiques, quils nomment le « Moogo » ou le « Monde », na pas été lespace parfaitement isolé que sest longtemps plu à rappeler toute une littérature coloniale. En réalisant lune des premières histoires synthétiques de ces royaumes sur la longue durée, Benoit Beucher montre comment ceux « qui ont mangé le pouvoir », les nobles mossi, ainsi que leurs sujets, ont fait face à des transformations dépassant de très loin les frontières de leurs seuls royaumes.
Lexpansion de lislam, du christianisme, lirruption des troupes coloniales françaises, deux conflits mondiaux, la tenue des premières élections, lindépendance et linstabilité des régimes postcoloniaux ne se sont pas soldés par la dissolution des royautés dans la durée, mais par la coexistence de systèmes monarchiques de droit divin et dun régime républicain.
Benoit Beucher invite précisément à se départir dune vision « exotique » du politique au sud du Sahara qui pousserait à ny voir quune anomalie. Sappuyant sur une importante collecte de sources écrites, audiovisuelles et orales, il montre comment se sont entremêlées des trajectoires européennes et africaines de lempire, de lÉtat, de lethnicité et de la nation bien souvent sur le mode du malentendu et du conflit dont la compréhension des effets peut seule permettre de saisir la complexité de lhistoire présente du Burkina Faso.