Lidentité personnelle nest pas lidentité de la chose, et pourtant lombre de la chose se retrouve encore dans bien des philosophies de la personne, quand elles veulent identifier une constance venant absolument de soi. Or, la constance proprement humaine ne saurait être un repli sur des caractères figés, et elle doit au contraire être pensée dynamiquement comme une réponse toujours ouverte et inquiète à ce qui nous touche au-delà de ce que nous pouvons recevoir. La philosophie médiévale de saint Augustin à saint Thomas dAquin a donné à penser et à vivre une identité brisée de la personne. La philosophie moderne (Kant) et la phénoménologie (Husserl, Heidegger, Levinas, Maldiney) permettent, elles, de redécouvrir cette identité impossible, voire anarchique, qui est notre avenir avant dêtre notre présent et notre passé. Comprendre «?philosophiquement?» la personne en tant que «?créature?», comme un être qui est pour autre chose que lui-même, cest alors pouvoir surmonter les multiples formes du nihilisme actuel qui enferment lhomme dans des identités mortes. Dès lors, élucider cette différence personnelle, qui nest plus la particularité dun genre, mais la dimension dramatique, active, de lexistence, permet de mettre en lumière le fait que la signification éthique de la personne est toujours première.