Les « Printemps arabes » ont reposé avec force la question de linjustice sociale dans cette partie du monde. Mais létude serrée des situations du Maroc et de la Tunisie relativise la pertinence de lévénement comme aune danalyse. Les mouvements contestataires lont souvent précédé et nen ont pas toujours procédé. Par ailleurs, les péripéties des années 2011-2014 ont redéfini la question de linjustice sociale à travers le rapport des partis ou des organisations islamiques à lÉtat, à la nation, au néolibéralisme, à lexercice du pouvoir. Il convient de remonter en amont des Printemps arabes pour comprendre les politiques publiques dinclusion des pauvres, la mise à distance de territoires stigmatisés, la construction idéologique de vrais (ou faux) problèmes, tels que la « jeunesse », l« employabilité » de la main-d½uvre ou les « rentes » économiques. En définitive, cest le processus même de formation de lÉtat qui se voit requalifié comme une matrice dinégalité légitime, en permanente mutation au gré des rapports de force et des luttes sociales.
Fruit dune réflexion collective et dun travail de terrain au long cours, cet ouvrage permet de repenser le politique en dehors de la logorrhée exaltant (ou disqualifiant) les Printemps arabes. Il replace ces derniers dans leur profondeur historique. À la confluence de la sociologie politique et de lanthropologie, il ouvre de nombreuses pistes comparatives au-delà du seul Maghreb.