La défaite des Taliban dans le sillage des attentats du 11 septembre ouvre deux décennies dinvestissement occidental en Afghanistan. Des centaines de milliards, pour lessentiel consacrés à lentretien des forces occidentales, des dizaines de milliers de morts, dont plusieurs milliers de la coalition, montrent limportance de ce conflit pour les Etats-Unis qui en font le symbole de leur hégémonie mondiale.
Mais, derrière les discours sur la construction dune « démocratie de marché », se profile un gouvernement transnational qui contourne les acteurs afghans au point dinterdire tout processus démocratique, couvre des fraudes électorales massives, routinise la captation des ressources au profit des entreprises occidentales et des élites afghanes. Les tensions communautaires et sociales saccroissent à un point jusque-là inconnu dans la société afghane. Les Taliban, capitalisant sur le ressentiment populaire contre les élites au pouvoir, mettent en échec une alliance occidentale qui dissimule, derrière une augmentation des moyens, son incapacité à définir une stratégie cohérente. Après vingt ans de conflit, al-Qaïda est toujours présent en Afghanistan, et le retrait américain ne fait quouvrir une nouvelle période dune guerre civile vieille de quarante ans.
Ce nouvel essai de Gilles Dorronsoro propose une analyse critique impitoyable des impasses de lexpertise orientaliste et sécurocrate dont la portée comparative, bien au-delà du seul cas afghan, est dune haute actualité.