Évangélisées depuis le début du XIXe siècle, les sociétés douala de la côte et bamoun de louest du Cameroun ont connu une forte interaction des univers culturels autochtones et étrangers. Le missionnaire protestant Jean-René Brutsch, en poste dans le pays de 1946 à 1960, a été un acteur engagé dans cet échange et dans les dynamiques de transculturation du christianisme quil a suscitées, non seulement dans la population, mais également chez les missionnaires. Tel est le sujet principal de cet ouvrage, redevable, comme nombre de travaux historiques, du riche fonds darchives de Brutsch conservé au Défap Service protestant de mission (Paris).
Explorant le champ de la transculturation, lauteure analyse lenthousiasme avec lequel le peuple douala répondit à lappel du christianisme comme une stratégie de survie de sa culture. Appliquée au peuple bamoun, lanalyse révèle un rapport différent avec laltérité chrétienne du fait de lintrusion de lislam provoquant des mutations culturelles inédites.
Dune manière inédite louvrage sintéresse au retentissement de laltérité autochtone sur la personnalité et loeuvre de certains missionnaires au Cameroun dont Idelette Allier-Dugast, devenue ethnologue et Jean-René Brutsch, resté pasteur. Leurs trajectoires réciproques illustrent le caractère bouleversant dune expérience missionnaire, confrontée à la différence culturelle. Ils en sont tous deux sortis nantis dune identité de traverse de sorte que la mission, souvent regardée comme vecteur exclusif de civilisation, a fait lexpérience, elle aussi, dune altérité qui ne la pas laissé indemne.