Linsolite a limpérieux éclat de ces mots qui vous séduisent avant même de faire sens. Vient-on à le prononcer quil éveille le souvenir de quelque soudain désordre, de quelque brusque désir qui, en nous précipitant au bord de linconnu, nous a un jour soustrait, le temps dune embellie, aux mornes sollicitations de la vie courante. Tout se complique, pourtant, lorsquil sagit de définir ce « trouble-catégories » par excellence. En quoi se distingue-t-il du merveilleux, de lincongru, du loufoque ou de labsurde avec lesquels il se combine volontiers ? Du léger au métaphysique, de lhumour à la mélancolie, linsolite va et vient, et jamais ne se fixe. Lhybride est son emblème, lanamorphose sa figure, le passage sa demeure.
De cette infortune conceptuelle, cet essai a fait son bien. Plutôt que de forcer lentrée du domaine de linsaisissable, lauteur a préféré sapprocher de ce dernier par des voies détournées, se frayer vers lui un itinéraire de lecture singulier, à travers les oeuvres de Cendrars, Tardieu, Freud, Topor, Calvino ou Breton Se mettant, en somme, à lécole de linsolite, il sen est fait le lecteur buissonnier, découvrant, chemin faisant, que le sentier quil pensait avoir emprunté, était, au bout du compte, une royale avenue : celle qui mène à la littérature même, pour peu que lon considère combien celle-ci doit au sens de linsolite sa vocation à mettre le monde hors dusage, en état de révélation perpétuelle.