La colonialité fut et est un phénomène mondial, lié à lexpansion du système-monde capitaliste moderne depuis le xve siècle. Elle nest pas uniforme puisque liée aux historicités de chaque territoire, imposant néanmoins des rapports sociaux de type colonial indépendamment du statut du territoire concerné. La colonialité est un concept fondamental dans les approches postcoloniales et décoloniales et de sa définition découlent celles dautres concepts liés : post-colonial et postcolonial, décolonial, décolonialité, subalternité, universalisme, pluriversalisme, « sud global »...
Les colonialités du savoir, de la nature, de lêtre, sont désormais plus étudiées et dénoncées que la colonialité du pouvoir dont découle pourtant tous les autres aspects de la colonialité. Ce tournant épistémique donne au décolonial une forte orientation idéaliste : cest de la « déprise » mentale avec l« Occident » et la « Modernité » que viendrait lémancipation des subalternes. Or, jamais les mouvements sociaux réels ne séparent ainsi lontologie de la vie socio-économique. Ce décolonial, de fait idéaliste, réifie l« Occident » et la « Modernité » en un orientalisme à rebours, survalorise considérablement lexpérience hispano-américaine sans accorder dimportance à lexpansion portugaise vers lAsie, tout aussi productrice de système-monde et plus rentable, au départ, que lAmérique.
Ce latino centrisme sécarte, chez nombre dauteurs, de la critique du capitalisme globalisé et pointe l« Occident », sans jamais le définir précisément, comme lennemi. Il dessine un « campisme anti-occidental » qui met souvent ces auteurs en fâcheux voisinage, comme lont montré des prises de positions bienveillantes, envers la Russie dans sa guerre de conquête de lUkraine. Contre le décolonial idéaliste, Michel Cahen prône un décolonial matérialiste et ne « jette pas le bébé avec leau du bain ».