Les fascinants panoramiques de Léonard de Selva ne visent pas uniquement
à restituer le mouvement circulaire d'un regard qui balaierait l'espace en pivotant sur lui-même. L'ouverture spectaculaire du champ de la vision sur 360° pose en effet des
problèmes de construction et de compréhension de l'image. Ces vues dépassent donc le cadre ordinaire de la photographie conventionnelle et proposent une visionradicalement différente. En imprimant à l'image un mouvement, Léonard de Selva y introduit aussi des éléments narratifs, il crée ainsi un «espace-temps» totalement étranger aux vues instantanées et aux codes visuels hérités de la perspective géométrique de la Renaissance italienne. Cette perspective curviligne en mouvement nous invite en effet à une perception
«autre» de l'espace qui nous entoure. Une perception comparable peut-être à celle d'un derviche tourneur. Ainsi ces panoptiques dépassent même leur intérêt esthétique, pourtant très remarquable ; ce sont en quelque sorte des «exercices spirituels» qui, dans leur mouvement centripète, nous recentrent sur nous mêmes tout en nous redonnant au monde.